Les vases communicants qui ont lieu chaque premier jeudi du mois permettent, sous l’œil bienveillant de Brigitte Célerier, qui en assure la dynamique et qui en relève minutieusement la liste, d’échanger entre blogs. Vous en trouverez ici, rassemblée par ses soins, la liste qui en est le repère dans la navigation. <br>

Je suis ce mois-ci invitée à un vase communicant qui est le premier de l’écureuil du net, et vous pourrez lire les deux auteurs, inséparables mais rarement du même avis, aux bords des mondes.

 

 

Tu as dit

– Ce sera un texte sur l’écureuil, tu sais les écureils roux.

Tu as dit :

– Je ne sais pas, tu verras bien, de toutes façons tu fais toujours tout au dernier moment.

J’étais au clair, je savais où nous allions … enfin pas tout à fait, je ne savais pas tout à fait mais c’est un peu l’idée depuis des années, je ne sais pas trop où je vais, je navigue à vue avec vœux dans la journée, et les journées passent, souvent joyeuses, parfois déglinguées, quand vous tombez dans les escaliers, ou que vous avez une bronchite, mais les jours passent dans le rayon de soleil de vos présences.

Je pensais à ce petit animal, je tournais les phrases, je pensais à vos présences, les phrases tournaient comme des papillons dans l’air. J’y pense souvent, quand je suis en x et quand l’ici et le maintenant sont ailleurs.

Je pense aux moments où je me déplaçais de votre pas, très exact, sur la surface du monde. Je savais à peine écrire, les avancées dans le langage demandaient des efforts intenses, je me souviens, nous devions écrire un poème pour la fête des mères, ce qui me paraissait insurmontable, toutes les phrases commençaient par l’écriture régulière et parfaite de l’institutrice, « tu es comme …  » magnifiquement écrit, et puis il fallait suivre les lignes tracées au crayon et à la règle, parallèles, parfaitement, et suivre la syntaxe de la phrase …

… et alors mon écriture prenait le relai, maladroite et irrégulière et je savais qu’elle allait de guingois, et de travers et que ce n’était pas tout à fait cela qui, pas vraiment cela, non, vraiment …

Prendre le relai, continuer, continuer le geste, le mouvement, à l’intérieur du langage. Donner aux gestes l’extension la plus ample possible.

J’ai écrit : Tu es comme l’écureuil qui vole de branches en branches. Peut-être sous une forme un peu plus approximative. Puis j’ai collé des gommettes, et je suis rentrée à la maison avec, je me souviens du carrelage, de la table du petit déjeuner, de mon impatience de le donner. Il est toujours sur le mur, et seule une gommette en est tombée. L’amour résiste bien au temps. De cela, je suis à peu près sûre.

Et puis plus tard encore, plus loin, un peu plus loin, de nouveau la présence de ce petit animal, dans le cheminement de l’écriture, et la même quête inquiète, de l’extension possible du langage. Nos vies sont tout entières dans la façon dont nous nous les racontons.

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